Jeunes & Entreprises

Entrepreneurs en "culottes courtes"

Et si l’esprit d’entreprise se cultivait dès le berceau ? Il ne s’agit pas forcément d’apprendre aux enfants à monter un business model, mais de les encourager à faire preuve d’audace, de confiance en soi et de sens des responsabilités. Exemples au Québec, qui fait figure de précurseur dans ce domaine.

 

Le 18 juin 2016  se tiendra au Québec la 3e "Grande Journée des Petits Entrepreneurs",  destinée à "éveiller les enfants de 5 à 12 ans à l’entrepreneuriat et leur donner le goût d’entreprendre", expliquent les organisateurs. "L’idée est d’en faire une tradition québécoise annuelle", précise Mathieu Ouellet, cofondateur des Petits Entrepreneurs, un organisme canadien à but non lucratif, initiateur de l’événement. Entrepreneur du web et des technologies, Mathieu Ouellet a lui-même eu à 8 ans  "la piqûre de l’entrepreneuriat" lorsqu’il eut l’idée de vendre des billets de loterie de sa confection lors d’un mariage. À 16 ans, il lançait sa première entreprise. "Développer l’envie d’entreprendre chez les enfants c’est une opportunité de développer leur créativité, leur sens des responsabilité, leur autonomie et leur confiance en eux. Et pourquoi ne pas développer tout ça en s’amusant ?"

La persévérance et l'esprit d'équipe

En s’amusant… ou en allant à l’école : à Sherbrooke, l’école Alfred-DesRochers développe des projets d’entrepreneuriat dès la première année du primaire. "Les résultats révèlent que les élèves participant aux projets entrepreneuriaux ont la capacité de reconnaître et de développer leurs qualités entrepreneuriales : la confiance en soi, la persévérance, l’esprit d’équipe et le sens des responsabilités", analyse (dans une vidéo de l’Université de Sherbrooke) Marcelle Gingras, professeure de la faculté d’éducation. Elle est spécialiste de l’approche orientante adoptée par l’école Alfred-DesRochers (cette démarche développée au Québec vise à amener les élèves à mieux se connaître, et à donner un sens à leurs apprentissages en établissant des liens entre ce qu’ils vivent à l’école et leurs rêves professionnels). "Ça fait 17 ans que je fais des projets en entreprenariat avec l’approche orientante, confirme dans cette même vidéo Chantal Hébart, enseignante à l’école Alfred-DesRochers. Je vois chez les enfants l’émerveillement, le goût de venir à l’école. Des enfants qui ont des difficultés d’apprentissage en compétences disciplinaires, n’ont plus de difficultés dans les projets : ils sont motivés, ils ont le goût tous les matins de venir à l’école, ils se trouvent bons, ils ont l’estime d’eux-mêmes !"

Le Québec en avance sur la France et les Etats-Unis

Autre outil initiatique : les petits Québécois peuvent lire une collection de livres pour enfants baptisée "Ben entreprend", créée par Julia Gagnon, jeune maman entrepreneure et auteure qui souhaitait transmettre les valeurs entrepreneuriales à son fils aîné, et l’aider à surmonter ses difficultés d’apprentissage. "Je pense qu’à ce niveau, le Québec est en avance, explique-t-elle à Pierre-Alain Belpaire dans un article pour le blog guideentrepreneur.com. Nous souhaitons vendre Ben à l’international mais en France ou aux États-Unis par exemple, les parents et les enseignants ne sont pas encore prêts à inculquer les valeurs entrepreneuriales à des enfants de moins de dix ans. Et c’est bien dommage : si on veut qu’il y ait une relève, il faut lui apprendre les règles du jeu le plus tôt possible."
Si cet état d’esprit semble bien ancré surtout au Québec, il se retrouve aussi ailleurs au Canada : la preuve en image avec "Elevons nos enfants pour être des entrepreneurs", la prise de parole du Vancouverois Cameron Herold au TedX Edmonton de 2010 (ça date un peu, mais le fond est toujours d’actualité). Cameron Herold est un multi-entrepreneur né, créateur de business depuis son enfance. Son credo : l’esprit d’entreprendre se cultive chaque jour, dans chaque étape de l’éducation, il peut se nourrir des troubles de certains enfants (comme l’hyperactivité), et n’a rien à voir avec la réussite scolaire. Sa meilleure preuve ? Lui-même ! "Le système scolaire pousse le monde entier à dire «hé, devenons avocats ou devenons docteurs !», et nous ratons une occasion parce que personne ne dit jamais «hé, devenons entrepreneurs !» […] Et je pense que si nous pouvions faire que les enfants adoptent l’idée d’avoir un esprit d’entreprise dès leur plus jeune âge, nous pourrions changer tout ce qui pose problème dans le monde aujourd’hui."

Un enjeu d'avenir

Entre les Petits Entrepreneurs qui convoquent l’esprit citoyen dans l’esprit entrepreneurial, l’université de Sherbrooke qui s’appuie sur l’entrepreneuriat pour lutter contre l’échec scolaire, et ce businessman aguerri qui voit dans l’esprit d’entreprise un idéal digne des utopies sociales, une conclusion semble s’imposer : au Québec, la sensibilisation des enfants à l’entrepreneuriat n’est pas une mode, c’est un enjeu de société.

 

  

Les sources de cet article :
 

► Site des Petits Entrepreneurs : http://www.petitsentrepreneurs.ca/

► Vidéo « L’entrepreneuriat : ça commence sur les bancs d’école ! », http://www.youtube.com/watch?v=B1t7ccmgx00 via la chaîne YouTube de l’Université de Sherbrooke

► Article « Ben, le plus jeune entrepreneur de la province », http://guideentrepreneur.com/blogue/startup/ben-plus-jeune-entrepreneur-de-la-province via le site Guide Entrepreneur

► Vidéo de l’intervention de Cameron Herold au TedX Edmonton : http://www.ted.com/talks/cameron_herold_let_s_raise_kids_to_be_entrepreneurs?language=fr#t-1126731 via le site du TedX