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Crowdfunding : 5 exemples dijonnais, du coup de pouce à la levée de fonds

A travers des exemples d'entreprises (ou projets d'entreprises) de Côte-d'Or ayant fait appel au crowdfunding, gros plan sur ce mécanisme de financement participatif permettant de collecter des apports financiers via internet. Parmi ces 6 campagnes, certaines se sont soldées par un échec, mais d'autres ont obtenu un grand succès. Avec des objectifs très divers.

 

1. Cutie Pie, une tentative échouée

 

Créée en 2013 par Maud Brochot, la start-up dijonnaise Cutie Pie est spécialisée dans les produits alimentaires conçus pour cuisiner avec les enfants. En août 2014, la SAS a fait appel au site de financement participatif KissKissBankBank afin de récolter 2.500€.

C’est après avoir sorti sa première gamme composée de sablés à décorer que Maud a eu l’idée de recourir au crowdfunding, afin d'évaluer coment ses produits et son entreprise étaient perçus. Elle avait pour objectif d’effectuer davantage de communication, de salons professionnels, et de relations presse, et de développer 3 nouveaux produits, sur des bases solides : la marque, les produits et les packagings étaient créés, un process de fabrication et de gestion de la supply chain était mis en place, au même titre que le site internet et la boutique en ligne.

Malgré les efforts déployés, Maud n’est pas parvenue à boucler sa collecte. « Une telle campagne demande beaucoup de temps et nécessite de rendre l’offre attractive et simple à comprendre. Il faut beaucoup d’investissement d’un point de vue communication, le nôtre n’a pas manqué mais n’a peut-être pas été assez bien orienté », précise Maud Brochot qui a réussi à développer son projet malgré cet échec, et ne se portera plus candidate à ce type de financement désormais.

Depuis, Cutie Pie a été finaliste de plusieurs concours d’innovation organisés par les enseignes de grande distribution (Système U, Carrefour, Cora) et a reçu le 2e prix des Trophées PME Carrefour Innovation pour la catégorie épicerie sucrée en novembre 2014. La société a également participé à plusieurs salons. Désormais, la marque est présente dans une cinquantaine de points de vente dans toute la France et elle a signé un accord national avec une enseigne. Une gamme de produits spécialement adaptés aux besoins des écoles et centres de loisirs est en cours de finalisation et sera bientôt commercialisée.

Pour continuer son développement, Cutie Pie va d’ailleurs ouvrir son capital à des investisseurs. Une levée de fonds est en préparation.

A l'horizon 2017, Maud Brochot espère atteindre un chiffre d’affaires de 3 à 5 millions d’€ et une position de leader européen dans le domaine de la pâtisserie créative.

 


 

 

2. Gustave & Cie, une rapide réussite

 

Déjà à l’origine de la marque de mobilier design en métal Zhed, le duo de créateurs GuillaumETimothée a développé en 2014 une seconde marque tout aussi innovante : Gustave & Cie.

C’est en cherchant à se distinguer sur le salon Maison & Objet qu'est venue aux deux jeunes Dijonnais l’idée d’afficher un accessoire représentatif de la marque Zhed. Ils ont alors élaboré un nœud papillon en métal en août 2014.

Désireux de lancer la fabrication de leur 1er stock de nœuds papillon et de conforter l’idée que le produit plaît, Guillaume Rémond et Timothée Barbier ont décidé de mener une campagne de crowdfunding à hauteur de 4.000€ sur le site KissKissBankBank. La collecte a été un franc succès puisqu’elle a permis de réunir 129% de l’objectif fixé en 35 jours, soit 5.150€ en provenance de 58 KissBankers. Notons qu’il n’a fallu au projet que 12 jours pour que l’objectif de 4.000€ soit atteint.

Timothée Barbier estime que la réussite d’une campagne réside dans sa préparation et notamment dans le soin apporté à la page d’appel de fonds, unique moyen de communication avec les donateurs. Pour les besoins de la campagne, GuillaumETimothée ont donc rédigé un texte pour la page, élaboré un prototype et effectué un shooting photo. Il a également été nécessaire de communiquer dans un cadre élargi : ils ont créé une page Facebook et géré leurs relations presse. Enfin, apporter une contrepartie attirante s’est avéré indispensable : « 90% des personnes ayant financé le projet ont versé 40€ ou plus dans le but d’obtenir un nœud papillon dont la valeur commerciale est de 55€ », indique le jeune créateur.

Au niveau de la commercialisation, Gustave & Cie dispose d’une boutique en ligne sur laquelle des ventes ont lieu tous les jours. GuillaumETimothée travaillent également avec des revendeurs (concept store ou revendeurs de prêt-à-porter) et projettent d’ailleurs d’agrandir leur réseau et de développer l’export afin de booster leur chiffre d’affaires.

 

Contact :

Timothée Barbier
03.73.27.06.12.
06.09.08.26.23.
 

 

3. My Happy Letter, la persévérance infructueuse

 

Factures, avis d’imposition, lettres de rupture, etc., la boîte aux lettres est bien trop souvent le lieu de mauvaises nouvelles. Milan Bernard, jeune Dijonnais porteur du projet My Happy Letter, a voulu changer la donne et créer un concept original : il propose de recevoir chaque semaine dans la boîte aux lettres une dose de bonheur, un mot doux, un instant de joie ou un peu de douceur. Ce n’est qu’à la réception de la lettre qu’on découvre ce qu’elle contient, on sait juste qu’elle renferme une belle carte, format carte postale, qui redonne le sourire.

Après avoir testé sans succès les sites de financement participatif Ulule et KissKissBankBank, Milan revient avec une campagne sur le site My Major Company, qu’il a découvert via les posts sponsorisés de Facebook. Son projet, désormais simplifié à l’extrême, espère réussir à toucher sa cible : les femmes de 25 à 35 ans. Milan a pour ambition de récolter 1.500€ pour financer le lancement de My Happy Letter avec l’envoi des 1000 premières cartes.

Afin de mener à bien la campagne, Milan a d’ores et déjà envoyé un communiqué de presse par mail et via les réseaux sociaux. Mais malgré l’obtention d’un bon taux d’ouverture de l’emailing, la campagne peine encore à décoller alors qu’elle a été vue des milliers de fois.

Déçu du crowdfunding, Milan estime qu’il est indispensable d’avoir un bon réseau pour réussir puisque « le financement vient de la famille et des amis pour 80%, de l’initiateur du projet pour 10% et les 10% restants viennent de la plateforme de financement. Il faut donc un mécène avec un vrai dossier ». Concernant le suivi des campagnes, les plateformes mobilisent généralement des chefs de projet pour épauler les porteurs de projet et échanger avec eux, mais « tant que le projet n’atteint pas 100% de l’objectif fixé il n’est absolument pas mis en avant; il y a un manque de soutien des plateformes ».

Milan explique les échecs de ses campagnes par une overdose du financement participatif, qui voit son business model s’essouffler.



 

4. NVH Médicinal, une croissance financée

 

Créée fin 2008 et basée à Dijon, la start-up de biotechnologies NVH Médicinal travaille au développement de produits pour traiter les maladies liées au collagène, produits allant de la cosmétique au traitement des hémorragies. NVH Médicinal dispose d’une licence mondiale exclusive et de plus de 20 brevets protégeant l’exploitation et les applications d’une nouvelle génération de collagènes.

C’est en juin-juillet 2014, faute d’avoir bénéficié d’un dispositif pour financer la croissance de sa PME, que David Vandroux, fondateur et président de NVH Médicinal, s’est tourné vers le crowdfunding. Pour ce docteur en biologie, il s’agit d’un « mode de financement intéressant et rapide dans sa mise en place, permettant notamment de faire valider si un produit plaît ».

En assemblée générale de la SAS, il avait été voté une augmentation de capital. Il fallait donc trouver des montants importants. Fin octobre 2014, NVH Médicinal a ouvert son capital à hauteur de 420.000€ sur le site Happy Capital qui est une plateforme de financement participatif sous forme d’actions. Le but était de poursuivre les recherches sur les traitements à base de collagène.

La campagne s’est terminée fin mars 2015 : NVH Médicinal a levé 450.000€ grâce à 77 investisseurs, qui ont par la suite adhéré à un pacte d’associés minoritaires. Grâce à sa levée de fonds, la société va procéder à la réalisation de tests précliniques et toxicologiques complémentaires pour son candidat-médicament et préparer la commercialisation de ses premiers produits dans le domaine de la cosmétique. L’objectif principal de la société étant de pouvoir administrer ce dérivé de collagène sous forme injectable pour le traitement des hémorragies. A l’avenir, ces protéines analogues du collagène pourraient apporter de nouvelles solutions thérapeutiques dans diverses pathologies compte-tenu du caractère ubiquitaire du collagène. Des innovations dans différents secteurs sont attendues, notamment dans le domaine de la médecine régénératrice.

David Vandroux conseille aux personnes qui voudraient se lancer dans une campagne de financement participatif de se rapprocher de personnes soumises à l’ISF, la période la plus favorable pour débuter une campagne étant la phase de défiscalisation du début d’année. Il suggère également de recourir à un avocat et de faire appel à une société de communication. Avec la campagne, NVH Médicinal a d’ailleurs été obligée de revoir tous ses supports de communication. Enfin, il recommande, dans le cadre d’une société innovante, de sécuriser tout ce qui concerne la propriété intellectuelle.

 

Société de 7 salariés, « leader mondial ».

CA de 70.000€ en 2014 ; plusieurs millions d'€ espérés d’ici 2 à 3 ans.

Objectifs : premières commercialisations des analogues du collagène dès 2016.

 

 

Contact :

David Vandroux
03.80.39.21.28.
 

5. Urbanleaf, une constante progression

 

En projet depuis 2013, la start-up Urbanleaf sera créée en septembre 2015 par Marie Fiers et reposera sur les principes de l’aquaponie* et de l’agriculture urbaine. Elle proposera des jardins aquaponiques à destination des particuliers (sous forme de jardins d’intérieur) et des professionnels, collectivités et associations (avec des systèmes plus grands se présentant sous forme de serres). Le principe est simple : sur une même colonne, un aquarium et un ou plusieurs niveaux de plantes sont reliés par des tuyaux ; les déjections des poissons sont utilisées comme engrais pour les plantes, lesquelles vont filtrer l’eau qui retombera propre dans l’aquarium. Ce système permet de produire à la fois des végétaux et des poissons comestibles.

En avril 2015, Marie Fiers, alors à la recherche d’un mode de financement, s’est tournée vers le crowdfunding. L’objectif était le suivant : récolter 7.000€ en 50 jours pour produire les premiers systèmes aquaponiques. Elle souhaitait obtenir un contact avec ses premiers clients. Le crowdfunding lui permettait donc d’avoir un premier retour d’expérience des clients, ses « ambassadeurs-testeurs », pour aider à l’amélioration continue du système, la commercialisation intervenant seulement dans un deuxième temps.

Marie Fiers a choisi la plateforme My Major Company, qu’elle a utilisé comme un site de vente en ligne : à partir de 200€ versés, les financeurs obtenaient un jardin aquaponique, dont la taille pouvait varier. Les contreparties revêtent donc une importance particulière dans une campagne de financement participatif : dans le cadre de la campagne Urbanleaf, même les personnes n’ayant pas les moyens d’acheter un système aquaponique mais contribuant au financement avaient droit à une contrepartie en rapport avec l’aquaponie (un livre par exemple).

La préparation de la campagne a duré un mois. Elle s’est faite en collaboration avec des étudiants de l’ESC, qui ont appris à monter un projet de financement participatif, à créer une entreprise, etc. Un accent important a été mis sur la communication, pour laquelle 2 personnes travaillent notamment à travers leur présence à des fêtes ou à des salons.

La campagne, qui s’est terminée début juillet, a permis de récolter 23.860€. Les premiers systèmes aquaponiques commandés sur My Major Company seront donc livrés dès septembre 2015, et l'’installation d’un démonstrateur au Jardin des Sciences (Jardin de l’Arquebuse) devrait s’effectuer courant 2016. Il s’agira d’un système d’une trentaine de m² qui aura la forme d’une fleur de lotus. L’idée est d’impliquer la population dans le projet, avec des animations (notamment pour les écoliers). Soutenue par la Ville, cette expérimentation sera « une forme de copropriété » qui devrait être installée pour plusieurs années.

Marie travaille actuellement avec 2 personnes et est à la recherche d’un 3e collaborateur avec un profil business.

 

* Aquaponique : qui associe en symbiose l'élevage de poissons et la culture de plantes.

 

Contact :

Marie Fiers
03.80.77.27.82.